Minnie la charogne juin 10, 2009
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“Ooooh Ma, Ooooh Pa, must the show go on?“
Roger Waters, The Show Must Go On
Les journalistes ont mérité leur réputation de charognards. Elle la première. Tu la verrais pourtant faire le courant d’air dans sa rédac’, décocher des sourires étincelants au coéquipier, au coursier, à l’imprimante et aux poignées de portes, tu la croirais échappée d’un Super Picsou Géant des années 1990, de Couac, le plus dingue des canards, plus précisément. Appelons-la Minnie, parce qu’elle est brune et qu’elle a de grandes oreilles.
Derrière sa nébuleuse de fond de teint et son arsenal de délicieuses mimiques, Minnie est particulièrement émaciée, particulièrement racornie, particulièrement avariée. Presque un an loin des cabrioles du MASI, des gracieuses courbes du Haut commissariat au plan, des bilans hebdomadaires de carambolages en périmètre urbain, ça t’achève un homme. Que dire d’une Minnie !
A peine cette pauvre enfant les entend-elle évoquer la poussée du Likoud aux législatives israéliennes qu’elle est prise de hoquet. L’incursion de Tsahal dans la bande de Gaza la fait blêmir. Une explosion assortie de 122 morts au Kenya lui arrache des gémissements. Les conversations de couloirs tournent à la tragédie. Ce n’est guère mieux pendant la conférence de rédaction, où elle apprend, consternée, que l’actualité nationale est aussi fournie cette semaine que le menton d’un adolescent prépubère.
14h30. “Bongo a crevé !“, rugit Minnie, des éclairs phosphorescents dans les yeux. Les agences, depuis, se montrent prodigieusement magnanimes. Des corps, enfin, des corps, par dizaines, des débris d’avion, et non pas d’anciennes épaves, jaillissent de l’Atlantique. Les massacres au Pakistan reprennent allègrement et la grippe A se répand comme une grosse tache d’encre dans plus de 70 pays. Minnie frôle l’extase.
Ce soir, elle croise ses doigts de mains et de pieds pour que l’alerte pandémique atteigne son niveau maximum demain à 13h. Avec un peu de chance, une nouvelle sonde de vitesse se détachera juste à temps d’un A330 pour que l’Afp puisse publier un urgent à 17h. Une nuit de grandes espérances se prélude.
Allegro Amabile juin 7, 2009
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“Poum, poum, poum, poum, poum, poum, poum, poum !”
Le Piano, My baby just cares for me
Un peu vif, un peu étourdi. Il ne sait ni d’où il vient, ni où il va. Il va, c’est tout. Et c’est un ravissement que de le voir aller ainsi. Léger, rigolo, et même un peu risible. On imagine une tête qui se dandine espièglement. Juste ce qu’il faut de niaiserie dans le sourire pour accompagner ce joyeux clapotis. Et des yeux de lutin farceur qui se plissent, des sourcils qui sautillent sur un front étincelant.
D’une futilité inestimable, ce bijou est aussi très turbulent. Une nervosité cocasse, extravagante, qui amortit ce qu’il y a de plus tragique dans la voix de cette grande dame.
C’est un amour de petit écervelé, une épidémie d’hilarité à lui tout seul. Il n’est pas mon préféré pour rien.
La Vraie Alice juin 6, 2009
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“Coupez-lui la tête !”
La Reine, Alice au pays des merveilles
Affalée devant Denver, Alice se fait chier. Pfeuh. Un dinosaure vert comme les gants de jardinage de l’autre fêlé, là, gros comme la corbeille à linge de l’autre hyperactive qui se démène là-bas. Non mais et puis quoi encore ? Ereintée, elle pousse trois croassements et s’essuie les yeux avec un vieil ours démembré. “Et puis quoi encore ?”, gueule-t-elle à s’en tordre le larynx. Elle se méfie de la qualité des implants auditifs du voisin. “ET PUIS QUOI ENCORE ?“
Un lapin. Un lapin ! Manquait plus que ça. Le rongeur le plus blanc, le plus soyeux, le plus duveteux qui ait jamais trotté dans cette maison. Mais l’animal ne trotte pas, il ne bouge même pas. Sa moustache seule frétille comme les cils d’une jeune pécore. Alice lui flatte gentiment le museau : “T’étais pas censé être en r’tard, toi ?” La moustache poursuit son doux balancement métronomique. “Et t’étais pas censé parler ?” L’enfant tape frénétiquement du pied. “Je ne vais pas te regarder faire l’essuie-glace toute ma vie, moi ! Tu dois courir, et moi je dois te suivre.” Petite claque sur le derrière. Tressaillement imperceptible du lapin. Alice pousse un soupir, puis un râle, puis un cri, puis un beuglement. Elle se dresse sur d’adorables petites pantoufles roses et file comme un furet dans la pièce d’à côté. Enome fracas métallique. De retour avec un rateau de plage, des ciseaux, une colle et un compas, Alice se retrouve nez-à-nez devant une paire de jambes quelque peu potelées, qui lui hurle : “Tu peux me dire ce que tu fabriques ?” L’enfant secoue sa mine boudeuse puis lève ses yeux les plus gorgés de mépris : “C’est cette saleté de lapin qui ne veut pas courir. Tu veux que j’en fasse quoi, moi, d’un lapin qu’est même pas fichu de courir ?” Elle brandit ses ciseaux : “Je me disais que pour le punir, il fallait que je lui coupe les pattes.” Les jambes hochent tristement la tête : “Ce lapin, c’est ton dîner, malheureuse.“
Alice s’accroupit et saisit la bête par les oreilles. “Tiens. Il ne sert à rien, de toute façon“.
Blackbird juin 6, 2009
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Tendue. Sèche. Acérée. Il en émane pourtant le divin. L’inouï.
Blême. Quelconque. Décharnée. Elle est pourtant éblouissante quand tu la courtises, la cajoles.
Aigre. Criarde. Sifflante. Elle se fait mélodieuse, légère, si légère quand tu explores et révèles le moindre de ses frémissements.
Je vous regarde vous enlacer, vous agiter, vous faire des reproches. Elle, déroutée, souvent, toi, cinglant, parfois. Mais votre alchimie est fascinante.
Blackbird fly…
Ta guitare, oui. Ton âme aussi.
Confessions intimes mai 15, 2009
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Plan général. Sofa grisâtre, affaissé. Tapis granuleux, parsemé de grosses miettes de pain. Table ronde à roulettes. Nappe en plastique poisseuse. Elle. Oeil torve. Indéfinissable grimace aux lèvres. Trois couches de vêtements informes. Extrémités flasques.
Plan moyen serré. « J’aurais dû m’en douter », balbutie-t-elle dans un souffle discret, pénible. L’œil est à présent hagard. « Il était trop beau pour être… vrai. Comment vous dire… Mais vous le savez, vous qui êtes intelligente. Hein, que vous le savez. Les choses précieuses, les « vraies » choses sont rarement clinquantes. Il était tapageur. Il me rugissait sa splendeur. Son éclat était tonitruant. » Elle s’arrête, avale sa salive et reprend d’une voix mourante : « Il était en toc. »
Plan rapproché poitrine. Elle halète, rapidement, comme un énorme dogue couché, langue pendante, sur les genoux de son maître. Elle est énorme. « A seize ans, je me figurais pouvoir être docteur en anthropologie comme Lévi-Strauss, écrivain de génie comme Dostoïevski, et virtuose du violon, comme n’importe quel petit asiatique ayant troqué la maternelle contre le conservatoire. » Petit sourire niais, non dénué d’amertume. « Puis j’ai revu mes ambitions à la baisse. Pas assez fonceuse. Songeuse, romanesque, un peu indolente sur les bords. Je me suis surprise à rêver d’une alchimie amoureuse. Plus intellectuelle qu’amoureuse, à bien y penser. L’archétype Sartre/Beauvoir, si vous voulez. J’ai cru avoir rencontré mon Sartre. » Le regard est plus terne que jamais.
Panoramique. La chambre ne ressemble pas vraiment à celle de Van Gogh. Des unes de très anciens Charlie Hebdo, datant de la crise, celle notamment où la bourse new-yorkaise est représentée par une affreuse gueule béante et criblée de crocs : « 700 milliards pour refaire les dents de Wall Street, le meilleur système de santé est américain ! » Et puis des croquis. Un visage quelconque d’homme, un bras d’homme. Des mains rugueuses d’homme. Des yeux acérés d’homme. Dans cette surprenante tapisserie, pas une seule esquisse d’homme « intégral ».
Plan épaules. « Je le dénoyaute, le défragmente, le fait s’évanouir dans ma mémoire, comme un très vilain souvenir », chuchote-t-elle, anxieuse. « Mais enfin, vous voyez bien dans mes dessins qu’il est hideux, que c’est un monstre, ça crève les yeux ! De tels yeux ne peuvent appartenir qu’au diable, de telles mains, regardez ces mains, on dirait des pattes d’ours. Je vois bien que vous ne me croyez pas ! » Elle vocifère, sa figure se crispe, elle se tord les bras puis tape frénétiquement du pied.
Très gros plan. Frémissement du duvet surplombant ses lèvres. Tressaillement convulsif du coin droit de sa bouche. « Vous ne pouvez pas me croire, vous ne pouvez pas parce que je ne me souviens que très confusément de ce qu’il m’a fait. La douleur me hante, mais tout ce qui a causé cette douleur m’a abandonné ». Très court, très lugubre silence, brisé par un effroyable hurlement.
Plan d’ensemble. Une fraîche jeune fille fait irruption dans la pièce. « C’est l’heure de prendre les médicaments, madame, allons… voyons, du calme, là, là… »
Mire de barre.
Homo Abjectus mai 4, 2009
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Préfecture du Bas-Rhin. 11h. Le numéro 626 s’avance mollement vers une formidable tignasse torsadée, que ni le comptoir gris ni une colline de paperasse administrative ne parviennent à dissimuler. « Putain, mais elle s’est endormie sur ses formulaires ou quoi, la Aâzzia (1) ? », explose le 637, las de se balancer sur sa chaise.
En nage dans un costume strié de motifs de rideaux, l’homme triture une cravate écarlate, incrustée de petits écussons couleur algue. Des chaussettes assorties, exhibant un Pac-man aux bras ballants, débordent d’une paire de mocassins pointus. «Mais où est-ce qu’elle va les chercher, ces cartes de séjours, cette putain de Aâzzia, là ! A Dakhla, peut-être ? » Gloussement entendu du voisinage.
637 suit la tignasse torsadée d’un regard railleur, pendant qu’elle se balade entre les rangées de documents. « Si ça se trouve, elle va aller manger, cette pétasse. Il est midi. Elle va aller manger et elle va nous laisser moisir ici jusqu’à 16h. Elle mange quoi, à votre avis ? Des rôtis de singes ? » Ricanements étouffés du 638.
S’ensuit une discussion culinaire sur cette fâcheuse manie toute française de se rassasier d’un morceau de fromage et d’une laitue, « comme si ces abrutis engloutissaient une cervelle d’agneau et une côte de boeuf réunies ».
Une petit bout de chair coiffé d’une crinière frisée et muni d’un passeport marocain se fait accueillir par un « S’bah l’werd (2) » bien graisseux. Sursaut d’hilarité. « Pilote de l’air ! », éructe 637 à la vue d’une oreillette bluetooth vissée dans les boucles d’un jeune flâneur. Accentuez le « P », prononcez « Pêêêlôttte ».
Et de revenir au sujet de discussion initial. « Regardez-moi cette putain d’Aâzzia, comment elle nous fait poireauter depuis des heures. Et regarde comment chez l’autre, la blondasse, là, les numéros défilent plus vite. Pourquoi j’suis jamais dans la file d’attente de Shâârône Stôôône ? »
Court instant de recueillement.
« Et t’as vu, t’as vu un peu ce salopard de Marocain, là, qui n’est même pas obligé de faire la queue comme tout le monde pour passer ? Il est quoi, fils d’ambassadeur ? Ah, ces Arabes ! »
13h. Le 636 s’affiche en rouge sur un panneau électronique.
Dieu soit loué.
(1) Expression raciste désignant un noir.
(2) « Puisse ton matin être fleuri ! » (Un truc du genre.)
Insurrection de Pâques avril 22, 2009
Posted by inyoureyes1 in Non classé.3 comments
Je te scrute, te sonde, te dépèce depuis des mois, Sombre crétin. Et depuis des mois, tu me balaies, m’aplanis, m’annihiles de ton sinistre regard. Ce mépris, froid, impérial, dont tu m’approvisionnes à gros débit, je te l’enfonce dans le moindre de tes pores gonflés de crasse. Connard.
Tu étais tout pour moi, Sombre idiot. Je te sers d’immenses clichés parce que c’est ce que tu aimes, manifestement. Quand je te murmure des niaiseries, tu es ravi. Tu roucoules doucement, te laisses aller à mes caresses ; tu te surprends même à folâtrer comme une naïve pucelle. Mais il suffit que je débride mon moulin à tourments, ou que je rugisse de bonheur, pour que ton aigreur dégouline, comme du trou d’un énorme tonneau. La Vie n’est donc pour toi qu’un amas de discussions triviales ? Et moi ? Que suis-je pour toi, pourriture ? Une limace, rampant à tes pieds, et consacrant, comme tant d’autres, cet implacable règne de la médiocrité qui t’est si cher ? Je t’emmerde.
Tu m’as assez châtiée, abruti. Je ne suis plus de celles qu’on appâte à coups de clinquantes illusions. Ou qu’on endort au milieu d’un tintamarre d’épais ronflements. Tu auras beau supplier, invoquer le « bon vieux temps », ces douces nuits passées à rêvasser devant ta face de bouc, tes prières ne s’exauceront pas plus que celles d’un génocidaire repenti. Saloperie de clavier. Sombre con.
Lettre à une catin janvier 3, 2009
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Lady Boleyn,
En 1536, vous avez engraissé les vers d’un noir caveau d’Angleterre. Votre exécrable figure n’est plus. S’il n’était l’acharnement des historiens, des réalisateurs, depuis peu, votre répugnant souvenir se serait abîmé aussi vite que s’est putréfiée votre chair, il y a de cela sept siècles. En vous écrivant, je ne vous imagine nimbée d’aucune couronne, drapée d’aucune riche étoffe. D’un côté, je vois une tête livide, et de l’autre, un corps emmailloté dans une toile grossière. Vos bourreaux vous ont épargné la torture. J’aurais souhaité qu’il en fût autrement.
Nos cinéastes vous ont très mal caricaturée, Madame. Trop pâle, votre reflet sur nos écrans est une infâmie. Vivante, vous étiez plus “foncée”. Vos cheveux étaient moins plats, vos yeux, moins vitreux. Dans mon imaginaire, vous êtes toute autre. Un visage somptueusement hâlé, un visage d’Esmeralda. Des yeux vifs, d’un noir flamboyant, d’une irrésistible assurance. Des lèvres avides, un sourire dédaigneux, royal. Des cheveux, enfin, sombres, comme votre âme, vous arrivant, fougueux, à la taille.
Je vous écris aujourd’hui pour vous rassurer, Milady. L’Humanité est à jamais débarrassée de vous, mais pas de vos semblables. Vos répliques fleurissent, et ne s’encombrent plus de lourdes robes, qui cachent tout ou l’essentiel. Cela vous surprendra peut-être, mais ce que vous portiez pour vous adonner à vos furieux ébats, elles le portent pour aller chercher une baguette, au coin de la rue.
Au sujet des hommes, il n’y a aucune inquiétude à avoir, douce Anne. Ils vous aiment toujours. Ils préfèrent toujours vos clones. La compagnie d’une jeune fille naïve, proprette les apaise. Une seule pensée pour votre redoutable allure les galvanise, votre froideur leur insuffle un prodigieux élan, l’inspiration même. Mais je les comprends. Un poète s’est-il jamais intéressé à la candeur de l’âme, de l’âme d’une femme ? Ne s’exalte-t-il pas plutôt de sa suprême cruauté lorsque, sournoise, elle se refuse à lui, pour mieux le dominer ? Lady Anne, vous pouvez pourrir tranquille. Vous n’êtes pas réellement morte.
Sociologie de comptoir décembre 31, 2008
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A quelques enjambées du Quartier des Arbres Nains, le District des Plantes Grimpantes étend son maigre feuillage sur l’Arrondissement des Baies Sauvages, qui empoigne à son tour le Faubourg des Bulbes de Jacinthe. A mesure que le Rousseau Moderne s’enfonce dans ce qui semble être une verte prairie et qui n’est en réalité qu’un abrupt quartier industriel, Fougères, Clématites, Guimauves et Magnolias ornent les panneaux, rivalisant, à perte de vue, d’une hystérie végétale difficilement explicable. Les inscriptions font penser à ces beautés flétries, réfugiées dans les fonds de teint et courant les boîtes de nuit avec l’avidité, le ridicule des jouvencelles. Débarrassez le quartier de ses croûtes de fard. Voilà ce qu’il en reste : des maisons vieillissantes, des maisons d’un rare mauvais goût, et La Maison.
La Maison reflète le caractère de chacun de ses occupants. Elle a donc parfois des allures légèrement désemparées. D’abord une forêt, ou un jardinet splendidement taillé, c’est selon. Le tempérament fougueux d’un des habitants lui fait vénérer la liane. La liane, par conséquent, dévore les murs et grignote les fenêtres. Ayant le désordre en horreur, l’autre habitant se met en devoir de discipliner chacune de ses plantes. Elles ont toutes, de ce fait, des coiffures de duchesses ou des favoris de marquis. Une toquée de musique ayant séjourné dans La Maison pendant quelques années, les portes sont toutes recouvertes de bronze, coupé en armures, en double-croches ou en clés de sol. Des entrailles de La Maison, il peut vous parvenir le son corrosif d’une Diam’s comme les larmoiements d’une Dido, les douces complaintes d’une Oum Kaltoum comme les ferventes prières d’un Bach. Ces prières-là ne s’échappent que de l’étage supérieur.
C’est ici que s’introduisent progressivement les notions de supériorité, de suprématie, et leurs opposés. C’est ici que tout le lexique autour des classes, des castes peut fleurir comme autant de verts panneaux dans une grise contrée. Le premier étage ne s’assimile pas vraiment à une bande de Gaza. Ainsi en est-il du second, qui ne pourrait raisonnablement être qualifié de petit Israël – C’est dommage, cela aurait pu être amusant - Mais, un peu comme le Nord et le Sud, le premier et le deuxième étage diffèrent par l’urbanisme, les mentalités, la démographie. L’esthétisme quasi-géométrique de l’”étage d’en haut” fait penser à des rames de Tramway dessinant finement les contours et les dédales d’une petite ville de Province. “L’étage d’en bas”, en constante introspection, ressemble au chantier du Bd Roudani, ou à celui, plus spectaculaire, de la côte casablancaise. En haut, comme dans toute société dûment industrialisée, l’individualisme a fait son bonhomme de chemin. L’on y retrouve des réflexes d’autonomie, de cette autonomie morale, surtout, qui abhorre les opinions dictées par un groupe, ou simplement par d’autres. En bas, l’oralité est Reine. Les solutions viennent en discutant, l’appétit en mangeant, l’hilarité en se chatouillant. Une grisante danse autour d’un totem, une évasion collective autour d’un charmeur de serpents, la féerie d’une cour des miracles. Pour ce qui est de la démographie, disons que le territoire imparti à une seule personne en haut équivaut exactement à celui où “s’agglutinent” trois personnes en bas.
Moralité/Question : Doit-on s’étonner, ou s’offusquer des déséquilibres, des contrastes, des divergences, des oppositions au sein d’une société ou entre N sociétés, quand les disparités existent et prospèrent (Aussi ? Avant tout ?)dans le noyau ?
Nettoyage d’automne novembre 18, 2008
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Oh my lord. Je n’en suis pas sûre, mais je crois que je viens de faire quelque chose que je pourrais regretter toute ma vie. Oh et puis non ! Assez larmoyé comme ça. C’est mon plus bel acte de courage. C’est beau, dangereusement beau. Explications.
France Info est une drogue puissante. Oublier mes boucles humides dans le sèche-cheveux, m’oublier devant le miroir ou, pire, garder les yeux indéfiniment rivés sur le trou du lavabo, bref, me zombifier pendant que, dans leur petite boîte grise, les mecs de France Info puent la vitalité à plein nez, c’est comme débarquer au cours d’histoire de la presse après une panne d’oreiller. Au moins quinze minutes de retard. Après trois retards consécutifs, j’entame le deuil douloureux de ces voix absolument divines, de ces paroles qui coulent dans l’oreille comme un café fumant dans une tasse émoustillée et je me console comme je peux en achetant le journal.
Quelques jours plus tard, je me prends à compenser cette consternante perte autrement. Je déballe un iPod à moitié plein de camelote musicale et je ruse avec le temps qui, cette fois-ci, s’égrène à la vitesse d’un escargot. 8h50. Cowboys and kisses jusqu’à la boulangerie Banette, quatre minutes. Disease jusqu’à l’école, cinq minutes. Le remède est d’une redoutable efficacité. Il n’est plus du tout nécessaire de courir. A midi, flotter jusqu’au Resto U en écoutant d’abord My baby shot me down, trois minutes et Goodnight moon, quatre et des brindilles. A 18h, prendre le tram C direction Homme de Fer en mettant la lecture aléatoire. Pour éviter que cette connasse préenregistrée me fasse perdre la tête à force de répéter “Prochain arrêt, Esplanade… Prochain arrêt, Universités… Arrêt, Gallia… Prochain… Faubourg national… Place Broglie…” Je répète plutôt Think, Glory box, Free, Wish you were here, Leyla. Environ dix minutes.
En rentrant, je prévois huit minutes pour l’effet Al Dente si je suis pressée de m’empiffrer. Fire jusqu’à ce que l’eau fabrique des bulles et Angels jusqu’à ce que je n’en puisse plus de souffler sur la casserole pour éviter que la mousse ne se répande sur cette saleté de cuisinière électrique. J’investis mon dix mètres carrés. JE PLANQUE L’IPOD. Une nuit de huit heures – ou de 480 minutes, devrais-je dire - cela fait 120 chansons d’à peu près quatre minutes chacune.
Qu’on s’imagine alors la portée symbolique de cette décision qui m’a amenée hier soir à… vider mon iPod de ses entrailles. Des années d’accumulation ; de détritus musicaux parsemés de bonnes choses, de toutes les réminiscences qui les accompagnent. Gestes, sourires, paroles impérissables. Petits drames, petits bonheurs s’acheminant doucement vers l’oubli. Je fais table rase de ce garbage d’mp3 et je recommence.