Ignorantia legis non excusat novembre 23, 2009
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Huis-clos. Moi et l’Autre. L’enfer, c’est P. Crâne jaune, sympathique. Yeux de verre, angoissants. Lui, c’est l’Inquisition. Il perquisitionne aussi, mais aujourd’hui, je n’ai pas d’antisèches. Curieusement, c’est entre moi et moi-même que le procès se déroule, dans un climat d’horreur que ma copie subit de plein fouet. Pour son incroyable endurance, nous l’appellerons mon exploit d’huissier.
Déni de justice. Car les juges sont laids, renfrognés d’office. Idem pour les procureurs et les avocassiers. Sauf dans Ally McBeal. Enfin, selon moi. Mais moi-même, qui a révisé, ce fayot, me dit que le droit est charmant, protecteur. Que les misères encourues par les coupables - présumés, hein, n’est-ce pas – sont rétroactives. Un foetus, oui ! Un foetus devenu poilu et bedonnant peut vous faire morfler devant une cour pour avoir publié son échographie dans un journal ! C’est vous dire. Comment l’odieuse valetaille des tribunaux peut-elle raisonnablement incarner une justice si bienveillante ? Juge et partie, moi et moi-même nous récusons réciproquement.
Mais c’est en appel que les choses se corsent. P. nous tend un deuxième exemplaire vierge de compte-rendu d’audience. D’après moi, la faune judiciaire est toujours à l’agonie psychique. Objection ! Moi-même a fayotté à mort. Le législateur est tellement irréprochable, tellement perfectionniste, qu’il ne laisse personne faire le boulot à sa place, pas même les journalistes, surtout pas ces diffamateurs. Une réquisition qui réveille le poète en moi, et me rappelle l’encre du doute. Pour peu qu’il écrive au conditionnel et qu’il utilise copieusement les guillemets, le fait-diversier peut, sans avoir l’air d’y toucher, faire passer Jean Dugenoux pour la pire des crapules. Verdict après deux heures de délibérations assez expéditives vers la fin : Moi et moi-même convenons que la loi est assez tordue, quand même. Affaire classée sans suite.
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Note pour les simples d’esprit/les esprits chagrins ou suicidaires : Vous envisagez de passer l’examen du barreau. N’oubliez pas qu’il vous faut tout de même bouffer et déglutir ceci : Loi du 29 juillet 81, Décret n°87-246 du 6 avril 1987 ainsi que des centaines de joyeusetés du même genre.
Note pour mon dragon adoré : C’était le dernier partiel de ma vie !
Hommage Posthume novembre 21, 2009
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Tête-à-tête. Ça commence plutôt mal. L’homme est hargneux. Pleurard. Diaporama de bêlements et de contorsions. Poilant. ”Immonde. Immonde, cette… pppppouffiasse. Me voir me tordre de douleur, pour elle c’est l’pied. Fais pas semblant d’comprendre. N’essaie même pas. Ecoute-moi, juste.” Adhésion métallique du menton. Pourvu qu’il ne m’entende pas grincer de la mâchoire. Éclat de rire homérique évité de justesse. J’évacue comme je peux. Un catalogue de mimiques indulgentes se déroule lentement.
“L’amour, c’est un sentiment.” Ah ouais. “J’arrête pas d’lui dire à cette salope. De m’le filer quand j’lui demande. Sans discuter. Je suis en feu, le désir monte, j’en peux plus, dis quelque chose !” Énorme. Énormissime. Je débobine tous les clichés de l’humanité. Il hoche tristement la tête, comme pour me plaindre. Mais ma trivialité le rassure, le met en confiance. Éclat de grandiloquence sentimentale : “Pétasse, oui, mais perle tout d’même. Perle avant tout. Son amour est tellement… complet, tellement exhaustif. Une encyclopédie d’émotions !”
Tu m’étonnes. Je lui dis que c’est bouleversant. Que cette fille a beaucoup de chance. Je ne sais plus ce que je lui dis d’autre. Il s’en satisfait. Hop, trois shots dans le nez. “Aaaaaaaaaaaah !“ Ça fait un bien fou, hein. Salve supplémentaire de rugissements. Son regard s’embue. J’appréhende l’interminable minute mièvre. “T’es ma béquille, tu sais. Tu m’soutiens. T’es un frère, un vrai. Une mère aussi. Tu m’aimes, je sais qu’tu m’aimes.” Mais oui, je t’aime.
“Tu seras toujours là, hein, qu’tu seras toujours là, dis ?“ A ton service, p’tit père. Et de pleurer de reconnaissance, et de promettre entre deux hoquets que depuis que je suis là, “le monde est meilleur, moins d’morts, moins d’guerres, tout s’évapore, tout, même la saleté, même la pollution, même le trou d’ozone.” Bah oui. Si la planète se réchauffe, les thermomètres seront plus longs, dixit le guignol de Nicolas Hulot.
Et là, pile au moment où je m’apprête à discrètement emballer mes affaires, Miracle. Il se lève, malmène trois tabourets, écrase une poignée de pieds, fait un trou au milieu de la piste, et vocifère à pleins poumons : “Bientôt minuit, les gens ! Un truc mauvais, vraiment mauvais, brille dans l’noir. J’vous file les jetons, et vous avez raison ! C’est la nuit du meurtre !” Explosion de joie. Sautillement, grosses foulées, bondissements improbables, acrobaties, clameurs, c’est ça, oui, comme ça, t’arrête pas… Ouuuuuuuuuuuh !
Je l’aime bien, finalement, cet abruti.
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Bibliographie, prière de respecter l’ordre :
Give in to me, Dangerous, 1991.
Liberian girl, Bad, 1987.
Will you be there, Dangerous, 1991.
Heal the world, Dangerous, 1991.
Earth song, HIStory, 1995.
Thriller, ouvrage du même nom, 1982.
Don’t stop ’til you get enough, Off the wall, 1979.
(Pas réussi à caser Billie Jean, désolée.)
Minnie la charogne juin 10, 2009
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“Ooooh Ma, Ooooh Pa, must the show go on?“
Roger Waters, The Show Must Go On
Les journalistes ont mérité leur réputation de charognards. Elle la première. Tu la verrais pourtant faire le courant d’air dans sa rédac’, décocher des sourires étincelants au coéquipier, au coursier, à l’imprimante et aux poignées de portes, tu la croirais échappée d’un Super Picsou Géant des années 1990, de Couac, le plus dingue des canards, plus précisément. Appelons-la Minnie, parce qu’elle est brune et qu’elle a de grandes oreilles.
Derrière sa nébuleuse de fond de teint et son arsenal de délicieuses mimiques, Minnie est particulièrement émaciée, particulièrement racornie, particulièrement avariée. Presque un an loin des cabrioles du MASI, des gracieuses courbes du Haut commissariat au plan, des bilans hebdomadaires de carambolages en périmètre urbain, ça t’achève un homme. Que dire d’une Minnie !
A peine cette pauvre enfant les entend-elle évoquer la poussée du Likoud aux législatives israéliennes qu’elle est prise de hoquet. L’incursion de Tsahal dans la bande de Gaza la fait blêmir. Une explosion assortie de 122 morts au Kenya lui arrache des gémissements. Les conversations de couloirs tournent à la tragédie. Ce n’est guère mieux pendant la conférence de rédaction, où elle apprend, consternée, que l’actualité nationale est aussi fournie cette semaine que le menton d’un adolescent prépubère.
14h30. “Bongo a crevé !“, rugit Minnie, des éclairs phosphorescents dans les yeux. Les agences, depuis, se montrent prodigieusement magnanimes. Des corps, enfin, des corps, par dizaines, des débris d’avion, et non pas d’anciennes épaves, jaillissent de l’Atlantique. Les massacres au Pakistan reprennent allègrement et la grippe A se répand comme une grosse tache d’encre dans plus de 70 pays. Minnie frôle l’extase.
Ce soir, elle croise ses doigts de mains et de pieds pour que l’alerte pandémique atteigne son niveau maximum demain à 13h. Avec un peu de chance, une nouvelle sonde de vitesse se détachera juste à temps d’un A330 pour que l’Afp puisse publier un urgent à 17h. Une nuit de grandes espérances se prélude.
Allegro Amabile juin 7, 2009
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“Poum, poum, poum, poum, poum, poum, poum, poum !”
Le Piano, My baby just cares for me
Un peu vif, un peu étourdi. Il ne sait ni d’où il vient, ni où il va. Il va, c’est tout. Et c’est un ravissement que de le voir aller ainsi. Léger, rigolo, et même un peu risible. On imagine une tête qui se dandine espièglement. Juste ce qu’il faut de niaiserie dans le sourire pour accompagner ce joyeux clapotis. Et des yeux de lutin farceur qui se plissent, des sourcils qui sautillent sur un front étincelant.
D’une futilité inestimable, ce bijou est aussi très turbulent. Une nervosité cocasse, extravagante, qui amortit ce qu’il y a de plus tragique dans la voix de cette grande dame.
C’est un amour de petit écervelé, une épidémie d’hilarité à lui tout seul. Il n’est pas mon préféré pour rien.
La Vraie Alice juin 6, 2009
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“Coupez-lui la tête !”
La Reine, Alice au pays des merveilles
Affalée devant Denver, Alice se fait chier. Pfeuh. Un dinosaure vert comme les gants de jardinage de l’autre fêlé, là, gros comme la corbeille à linge de l’autre hyperactive qui se démène là-bas. Non mais et puis quoi encore ? Ereintée, elle pousse trois croassements et s’essuie les yeux avec un vieil ours démembré. “Et puis quoi encore ?”, gueule-t-elle à s’en tordre le larynx. Elle se méfie de la qualité des implants auditifs du voisin. “ET PUIS QUOI ENCORE ?“
Un lapin. Un lapin ! Manquait plus que ça. Le rongeur le plus blanc, le plus soyeux, le plus duveteux qui ait jamais trotté dans cette maison. Mais l’animal ne trotte pas, il ne bouge même pas. Sa moustache seule frétille comme les cils d’une jeune pécore. Alice lui flatte gentiment le museau : “T’étais pas censé être en r’tard, toi ?” La moustache poursuit son doux balancement métronomique. “Et t’étais pas censé parler ?” L’enfant tape frénétiquement du pied. “Je ne vais pas te regarder faire l’essuie-glace toute ma vie, moi ! Tu dois courir, et moi je dois te suivre.” Petite claque sur le derrière. Tressaillement imperceptible du lapin. Alice pousse un soupir, puis un râle, puis un cri, puis un beuglement. Elle se dresse sur d’adorables petites pantoufles roses et file comme un furet dans la pièce d’à côté. Enome fracas métallique. De retour avec un rateau de plage, des ciseaux, une colle et un compas, Alice se retrouve nez-à-nez devant une paire de jambes quelque peu potelées, qui lui hurle : “Tu peux me dire ce que tu fabriques ?” L’enfant secoue sa mine boudeuse puis lève ses yeux les plus gorgés de mépris : “C’est cette saleté de lapin qui ne veut pas courir. Tu veux que j’en fasse quoi, moi, d’un lapin qu’est même pas fichu de courir ?” Elle brandit ses ciseaux : “Je me disais que pour le punir, il fallait que je lui coupe les pattes.” Les jambes hochent tristement la tête : “Ce lapin, c’est ton dîner, malheureuse.“
Alice s’accroupit et saisit la bête par les oreilles. “Tiens. Il ne sert à rien, de toute façon“.
Blackbird juin 6, 2009
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Tendue. Sèche. Acérée. Il en émane pourtant le divin. L’inouï.
Blême. Quelconque. Décharnée. Elle est pourtant éblouissante quand tu la courtises, la cajoles.
Aigre. Criarde. Sifflante. Elle se fait mélodieuse, légère, si légère quand tu explores et révèles le moindre de ses frémissements.
Je vous regarde vous enlacer, vous agiter, vous faire des reproches. Elle, déroutée, souvent, toi, cinglant, parfois. Mais votre alchimie est fascinante.
Blackbird fly…
Ta guitare, oui. Ton âme aussi.
Confessions intimes mai 15, 2009
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Plan général. Sofa grisâtre, affaissé. Tapis granuleux, parsemé de grosses miettes de pain. Table ronde à roulettes. Nappe en plastique poisseuse. Elle. Oeil torve. Indéfinissable grimace aux lèvres. Trois couches de vêtements informes. Extrémités flasques.
Plan moyen serré. « J’aurais dû m’en douter », balbutie-t-elle dans un souffle discret, pénible. L’œil est à présent hagard. « Il était trop beau pour être… vrai. Comment vous dire… Mais vous le savez, vous qui êtes intelligente. Hein, que vous le savez. Les choses précieuses, les « vraies » choses sont rarement clinquantes. Il était tapageur. Il me rugissait sa splendeur. Son éclat était tonitruant. » Elle s’arrête, avale sa salive et reprend d’une voix mourante : « Il était en toc. »
Plan rapproché poitrine. Elle halète, rapidement, comme un énorme dogue couché, langue pendante, sur les genoux de son maître. Elle est énorme. « A seize ans, je me figurais pouvoir être docteur en anthropologie comme Lévi-Strauss, écrivain de génie comme Dostoïevski, et virtuose du violon, comme n’importe quel petit asiatique ayant troqué la maternelle contre le conservatoire. » Petit sourire niais, non dénué d’amertume. « Puis j’ai revu mes ambitions à la baisse. Pas assez fonceuse. Songeuse, romanesque, un peu indolente sur les bords. Je me suis surprise à rêver d’une alchimie amoureuse. Plus intellectuelle qu’amoureuse, à bien y penser. L’archétype Sartre/Beauvoir, si vous voulez. J’ai cru avoir rencontré mon Sartre. » Le regard est plus terne que jamais.
Panoramique. La chambre ne ressemble pas vraiment à celle de Van Gogh. Des unes de très anciens Charlie Hebdo, datant de la crise, celle notamment où la bourse new-yorkaise est représentée par une affreuse gueule béante et criblée de crocs : « 700 milliards pour refaire les dents de Wall Street, le meilleur système de santé est américain ! » Et puis des croquis. Un visage quelconque d’homme, un bras d’homme. Des mains rugueuses d’homme. Des yeux acérés d’homme. Dans cette surprenante tapisserie, pas une seule esquisse d’homme « intégral ».
Plan épaules. « Je le dénoyaute, le défragmente, le fait s’évanouir dans ma mémoire, comme un très vilain souvenir », chuchote-t-elle, anxieuse. « Mais enfin, vous voyez bien dans mes dessins qu’il est hideux, que c’est un monstre, ça crève les yeux ! De tels yeux ne peuvent appartenir qu’au diable, de telles mains, regardez ces mains, on dirait des pattes d’ours. Je vois bien que vous ne me croyez pas ! » Elle vocifère, sa figure se crispe, elle se tord les bras puis tape frénétiquement du pied.
Très gros plan. Frémissement du duvet surplombant ses lèvres. Tressaillement convulsif du coin droit de sa bouche. « Vous ne pouvez pas me croire, vous ne pouvez pas parce que je ne me souviens que très confusément de ce qu’il m’a fait. La douleur me hante, mais tout ce qui a causé cette douleur m’a abandonné ». Très court, très lugubre silence, brisé par un effroyable hurlement.
Plan d’ensemble. Une fraîche jeune fille fait irruption dans la pièce. « C’est l’heure de prendre les médicaments, madame, allons… voyons, du calme, là, là… »
Mire de barre.
Homo Abjectus mai 4, 2009
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Préfecture du Bas-Rhin. 11h. Le numéro 626 s’avance mollement vers une formidable tignasse torsadée, que ni le comptoir gris ni une colline de paperasse administrative ne parviennent à dissimuler. « Putain, mais elle s’est endormie sur ses formulaires ou quoi, la Aâzzia (1) ? », explose le 637, las de se balancer sur sa chaise.
En nage dans un costume strié de motifs de rideaux, l’homme triture une cravate écarlate, incrustée de petits écussons couleur algue. Des chaussettes assorties, exhibant un Pac-man aux bras ballants, débordent d’une paire de mocassins pointus. «Mais où est-ce qu’elle va les chercher, ces cartes de séjours, cette putain de Aâzzia, là ! A Dakhla, peut-être ? » Gloussement entendu du voisinage.
637 suit la tignasse torsadée d’un regard railleur, pendant qu’elle se balade entre les rangées de documents. « Si ça se trouve, elle va aller manger, cette pétasse. Il est midi. Elle va aller manger et elle va nous laisser moisir ici jusqu’à 16h. Elle mange quoi, à votre avis ? Des rôtis de singes ? » Ricanements étouffés du 638.
S’ensuit une discussion culinaire sur cette fâcheuse manie toute française de se rassasier d’un morceau de fromage et d’une laitue, « comme si ces abrutis engloutissaient une cervelle d’agneau et une côte de boeuf réunies ».
Une petit bout de chair coiffé d’une crinière frisée et muni d’un passeport marocain se fait accueillir par un « S’bah l’werd (2) » bien graisseux. Sursaut d’hilarité. « Pilote de l’air ! », éructe 637 à la vue d’une oreillette bluetooth vissée dans les boucles d’un jeune flâneur. Accentuez le « P », prononcez « Pêêêlôttte ».
Et de revenir au sujet de discussion initial. « Regardez-moi cette putain d’Aâzzia, comment elle nous fait poireauter depuis des heures. Et regarde comment chez l’autre, la blondasse, là, les numéros défilent plus vite. Pourquoi j’suis jamais dans la file d’attente de Shâârône Stôôône ? »
Court instant de recueillement.
« Et t’as vu, t’as vu un peu ce salopard de Marocain, là, qui n’est même pas obligé de faire la queue comme tout le monde pour passer ? Il est quoi, fils d’ambassadeur ? Ah, ces Arabes ! »
13h. Le 636 s’affiche en rouge sur un panneau électronique.
Dieu soit loué.
(1) Expression raciste désignant un noir.
(2) « Puisse ton matin être fleuri ! » (Un truc du genre.)
Insurrection de Pâques avril 22, 2009
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Je te scrute, te sonde, te dépèce depuis des mois, Sombre crétin. Et depuis des mois, tu me balaies, m’aplanis, m’annihiles de ton sinistre regard. Ce mépris, froid, impérial, dont tu m’approvisionnes à gros débit, je te l’enfonce dans le moindre de tes pores gonflés de crasse. Connard.
Tu étais tout pour moi, Sombre idiot. Je te sers d’immenses clichés parce que c’est ce que tu aimes, manifestement. Quand je te murmure des niaiseries, tu es ravi. Tu roucoules doucement, te laisses aller à mes caresses ; tu te surprends même à folâtrer comme une naïve pucelle. Mais il suffit que je débride mon moulin à tourments, ou que je rugisse de bonheur, pour que ton aigreur dégouline, comme du trou d’un énorme tonneau. La Vie n’est donc pour toi qu’un amas de discussions triviales ? Et moi ? Que suis-je pour toi, pourriture ? Une limace, rampant à tes pieds, et consacrant, comme tant d’autres, cet implacable règne de la médiocrité qui t’est si cher ? Je t’emmerde.
Tu m’as assez châtiée, abruti. Je ne suis plus de celles qu’on appâte à coups de clinquantes illusions. Ou qu’on endort au milieu d’un tintamarre d’épais ronflements. Tu auras beau supplier, invoquer le « bon vieux temps », ces douces nuits passées à rêvasser devant ta face de bouc, tes prières ne s’exauceront pas plus que celles d’un génocidaire repenti. Saloperie de clavier. Sombre con.
Lettre à une catin janvier 3, 2009
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Lady Boleyn,
En 1536, vous avez engraissé les vers d’un noir caveau d’Angleterre. Votre exécrable figure n’est plus. S’il n’était l’acharnement des historiens, des réalisateurs, depuis peu, votre répugnant souvenir se serait abîmé aussi vite que s’est putréfiée votre chair, il y a de cela sept siècles. En vous écrivant, je ne vous imagine nimbée d’aucune couronne, drapée d’aucune riche étoffe. D’un côté, je vois une tête livide, et de l’autre, un corps emmailloté dans une toile grossière. Vos bourreaux vous ont épargné la torture. J’aurais souhaité qu’il en fût autrement.
Nos cinéastes vous ont très mal caricaturée, Madame. Trop pâle, votre reflet sur nos écrans est une infâmie. Vivante, vous étiez plus “foncée”. Vos cheveux étaient moins plats, vos yeux, moins vitreux. Dans mon imaginaire, vous êtes toute autre. Un visage somptueusement hâlé, un visage d’Esmeralda. Des yeux vifs, d’un noir flamboyant, d’une irrésistible assurance. Des lèvres avides, un sourire dédaigneux, royal. Des cheveux, enfin, sombres, comme votre âme, vous arrivant, fougueux, à la taille.
Je vous écris aujourd’hui pour vous rassurer, Milady. L’Humanité est à jamais débarrassée de vous, mais pas de vos semblables. Vos répliques fleurissent, et ne s’encombrent plus de lourdes robes, qui cachent tout ou l’essentiel. Cela vous surprendra peut-être, mais ce que vous portiez pour vous adonner à vos furieux ébats, elles le portent pour aller chercher une baguette, au coin de la rue.
Au sujet des hommes, il n’y a aucune inquiétude à avoir, douce Anne. Ils vous aiment toujours. Ils préfèrent toujours vos clones. La compagnie d’une jeune fille naïve, proprette les apaise. Une seule pensée pour votre redoutable allure les galvanise, votre froideur leur insuffle un prodigieux élan, l’inspiration même. Mais je les comprends. Un poète s’est-il jamais intéressé à la candeur de l’âme, de l’âme d’une femme ? Ne s’exalte-t-il pas plutôt de sa suprême cruauté lorsque, sournoise, elle se refuse à lui, pour mieux le dominer ? Lady Anne, vous pouvez pourrir tranquille. Vous n’êtes pas réellement morte.