Maman vs Ploucs-la-Ville* mai 11, 2008
Posted by inyoureyes1 in Cocasseries.Tags: Super Maman
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Sans doute l’événement le plus cocasse de la semaine. Je longe tranquillement la côte, m’attardant tantôt sur l’écume des vagues, tantôt sur des enfants d’une dizaine d’années, dormant à même le sol, emmitouflés dans de petites couvertures trouées et grelottant de froid. La folle crinière de ma mère flotte sur son front soucieux. Je lui raconte l’essentiel de mes échanges avec un journaliste de la Gazette du Maroc, qui m’a certifié que le huitième congrès international de l’église évangélique américaine s’articulerait en septembre prochain autour de notre pays. Que les évangélistes ambitionnaient de convertir 10% de la population du Royaume à l’horizon 2020. La voiture repose à quelques mètres du Lido et nous avons déjà parcouru toute la distance séparant l’hôtel Riad Salam du KFC. Trois énormes silhouettes se profilent sur les petites bosses du trottoir. Le temps de m’exclamer en un “Salut !” agacé à la vue de ce même reporter que j’ai laissé “flasher” à la rédaction il y a une heure, que le trio de faces de fouine nous dépasse de quelques centimètres. Les sifflotements fusent, le darija est tordu dans tous les sens, le suc des compliments les plus libidineux m’est déroulé sous les pieds, tel un tapis de clous. Ma mère s’arrête et m’immobilise dans une empoignade sans équivoque. Bon. J’en profite pour scruter les Unes de la Yellow Press arabophone. Les ploucs s’engagent dans le kiosque et tripotent des sacs de chips en me regardant de la manière la plus “parlante” qui soit. Maman, ou le Dragon, pour changer un peu, m’arrache presque un lambeau de chair en reprenant sa course effrenée vers la voiture.
- Quelle bande de salopards ! Quand je pense que je t’ai “arrosée” ma vie durant, que je t’ai pétrie et modelée comme une argile noire pour faire de toi la fille que tu es…
- Maman…
- Je t’affuble d’un tutu de ballerine, je te livre en pâture à des profs névrosés pour que tu apprennes à te tenir droite, à marcher avec distinction, à être raffinée…
- Maman… Ce n’est rien… Arrête…
- Je te reprends quand tu dis des conneries, je te fabrique pour la planète Rose, et voilà qu’une confrérie de salopards de machos de merde osent te manquer de respect comme ça, alors que tu es avec ta mère !
- Maman !
- Tourne-toi, que je voie un peu ce qui ne va pas. Elle me fait pivoter et plonge ses sourcils froncés dans le moindre recoin de mon pantalon, de mon manteau. Efface-moi ce rose sur tes pommettes, là. Je m’exécute. Les enfoirés, les imbéciles, les bouseux, les trous du…
- MAMAN !
Le Dragon s’arrête net. “Montre-les moi”, dit-elle, furieuse. Je les lui montre et louche simultanément vers deux keufs, postés au milieu du rond point. Le sac vole dans les airs et en deux temps trois mouvements, elle a déjà le poing vissé dans le col d’un des ploucs. Plouc n°1 n’en revient pas qu’une petite dame qui fait la moitié de sa taille l’agresse de la sorte.
- Espèce d’enflure, on ne t’a pas encore dit qu’une nouvelle loi a été votée et que tu encours désormais jusqu’à deux ans de prison dès que tu te mets à raisonner avec ce qu’il y a sous ton froc ?
- J’t'assure, madame, je ne l’ai pas regardée ! S’il te plait, lâche-moi, madame !
- Non, tu ne l’as pas regardée, sale raclure de chiottes. Tu l’as suivie pendant un quart d’heure, le temps qu’on traverse toute la côte en courant. Ta fratrie réunie n’a pas fait la moitié de ses études, et tu oses la draguer. Je vais t’apprendre à viser plus haut que ce que toutes tes espérances te permettent de faire, salopard de pisseur de merde !
Et c’est là que j’hallucine réellement. De son autre main, le Dragon lui assène une claque bruyante, mémorable, extraordinaire. Les policiers arrivent en se dandinant doucement sur la chaussée. Plouc n°1, 2 et 3 prennent leurs jambes à leu cou et détalent en roulant des yeux effrayés vers ma mère. Une dame armée de son mari se répand en injures : “Je vous jure, madame, que si vous les aviez entraînés au poste, j’aurais témoigné pour vous. Je les ai entendus débiter leurs conneries, vous avez bien fait, madame.” Le Dragon me prend par la main et marche frénétiquement vers le Lido. “Quand on passe sa vie à voyager entre la maison et le conservatoire pour bien éduquer ses enfants… Et que des idiots se permettent ce genre d’agissements, franchement, on se dit qu’on aurait dû sacrifier solfège et danse classique pour trois bonnes heures hebdomadaires de judo et un garde du corps.”
- Maman…
- Ca me met hors de moi ! Ca m’emmerde, ça me…
* Expression empruntée aux demoiselles de Casallywood Charnel, dont voici le lien : http://eshadesyr.wordpress.com/
Funny Memories mai 11, 2008
Posted by inyoureyes1 in Non classé.add a comment
“Le Liban s’enlise dans une crise sans précédent. Le quartier ouest de Beyrouth rappelle l’apocalypse de la bande de Gaza, au lendemain de l’état de siège imposé par le Hamas en juin 2007. Fouad Siniora affirme dans une déclaration tragique que le Liban ne tombera pas.”
Jingle. Elle regarde passivement des images d’hommes encagoulés, armés jusqu’aux dents, patrouillant fièrement sur des boulevards aux trottoirs crevassés. Oh le vilain faux plan ! Le monteur aurait dû laisser couler une seconde de plus avant d’appuyer sur Auto Edit. Elle esquisse une grimace de dégoût. Dire qu’une seconde additionnelle aurait suffi pour que le visage ensanglanté du cadavre sur son brancard sème la rébellion dans ce café bobo du Maârif.
“Un ouvrage exclusif en hommage à Driss Benzekri, cette figure prodigieuse de l’opposition. Emprisonné, torturé, humilié pendant de longues années, ce symbole de la Nation a tout pardonné. Il a réhabilité les victimes de l’oppression avec une belle abnégation. Portrait d’un homme d’exception dans ce journal.”
Elle roule des yeux médusés vers les séquences qui défilent. Ca parle de Benzekri, et ça montre un parterre de lourdauds amassés autour d’un orateur bedonnant. Plan large. Trois rangées de gens. Plan plus large. La rangée des officiels. Plan serré. Les lunettes en écailles de la ministre des affaires sociales. Plan plus serré. La brochure que la ministre tient dans ses petites mains manucurées. La spectatrice pense au flot d’images d’archives entassées dans de lourdes cassettes noires SP à la bandothèque. Benzekri présidant l’Instance Equité et Réconciliation. Benzekri promenant un regard embué sur les vieux éclopés de la résistance, pleurant toutes les larmes de leur corps dans les montagnes de l’Atlas. Benzekri au visage verdâtre, rongé par le cancer, quelques semaines avant sa mort.
Un hymne télévisuel à la mémoire de Benzekri, où il n’apparaît pas une seule fois. Pitoyable.
“Rétrospective de l’oeuvre de Mohamed Chebaâ. L’artiste tangérois expose l’essentiel de ses toiles à la Villa des Arts de Rabat. Retour sur une brillante carrière dans cette édition d’information.”
Alors ici, Mohamed Chebaâ est filmé sous tous les angles. L’homme a dû se faire martyriser par le reporter. Elle en sait quelque chose. “Mettez-vous là, monsieur, s’il vous plaît. Attendez que je vous fasse un signe puis marchez en direction de cette toile. Ne regardez surtout pas vers la caméra. Vous devez faire comme si nous n’existions pas. Discutez avec votre ami, peu importe ce que vous direz, on n’entendra que mon commentaire à la télé. C’est bien, mais on la refait quand même. Allons-y, tenez-vous prêt. Allez-y !” Elle sourit rêveusement. C’était sympa. “Guignoliser” les gens, faire faire des choses burlesques aux artistes, aux ministres, aux sportifs, aux citoyens lambda. Se moquer d’eux au fond de la salle de montage. Se repaître d’un tremblement parkinsonien, d’un oeil qui déraille, d’une lèvre inférieure qui salive, d’un membre claudiquant, avant d’assembler des images moins dégradantes de la condition humaine. Elle se souvient de l’énorme fou rire collectif qu’un collègue a provoqué un soir, quand, achevant un plateau en situation, il a craché sur le sol du palais des congrès jordanien. Des images d’anthologie. Indiffusables malheureusement. Ca aurait changé les spectateurs de “ces gens assis”, une des expressions fétiches de Sitaïl.
C’est décidé. Après le master, elle reviendra à ses premières amours. A ses répliques sarcastiques entonnées avec une déférence comique à un Harouchi bis, inaugurant une énième maison du citoyen. Au ballet des cartes de visite, au carnaval des réceptions de wagons-marchandises, à la salsa des décharges réhabilitées quelques jours avant la visite de la ministre belge de l’environnement, au tango des invités d’honneur au salon du livre, au swing des nuits passées à courser les clodos en compagnie de charmants moustachus dans une estafette de police, au blues du Muezzin, quelques instants avant une folle déflagration, une démentielle défragmentation de chair humaine. 2Merde, tu lui manques ! Elle te reviendra.