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Suicide d’un jouet (2) juin 5, 2008

Posted by inyoureyes1 in Cocasseries, Rires.
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Gentle impulsion, shakes me makes me lighter, fearless on my breath… Teardrop on the fire, fearless on my breath

Le visage du Maître émerge, crayeux, d’un feuillage dense, noir, ébouriffé. Telle une ombre chinoise, la chevelure ondoie suavement sur le front plissé du Seigneur. Elle forme un faisceau de bancs de brume qui lui engloutit les tempes et lui obstrue la vision.

Le vieil appartement décrépi a subi d’extraordinaires modifications. Les étagères tapissent désormais tous les murs. Un nombre incalculable de jouets se dévisagent férocement. Programmées pour parler le matin, les poupées russes se déclenchent par groupes de cinq et répètent à peu près le même baragouin, des hululements de détresse, des sifflotements thoraciques, une bruyante gêne respiratoire. Le Maître les a toutes alignées sur les étagères du salon, en prenant soin de garder la plus minuscule dans le ventre de sa mère. Les joues de ce fœtus en bois de chêne sont anormalement couperosées. Une insidieuse pleurésie lui ronge implacablement les poumons. L’emboitement le tuera à coup sûr. Le deuil collectif dure généralement une heure tous les matins. Dans une semaine, les neurones de ces demoiselles seront suffisamment atteints pour que la famille entière perde complètement les pédales. Le Maître les remplacera alors par un contingent de soldats de plomb souffrant unanimement du syndrome de la guerre du Golfe.

L’insurrection capillaire est à son paroxysme. La méticuleuse administration de trois ou quatre coups de peigne s’impose. Allongeant le bras, le Seigneur ouvre un tiroir et farfouille distraitement, sans adresser le moindre regard à l’armoire à glace, de peur de tressaillir à la vue de son spectre dans le miroir. Ses doigts buttent contre un carré en plastique, puis contre un assortiment de petites choses spongieuses. Le Maître se retourne brusquement. La boite multicolore. Un œil aqueux, des ressorts rouges. Les ventricules du Tamagotchi. Un plumet de cils interminables, ce bec qui se répandait en une délicieuse bouillie de paroles incompréhensibles. Et puis cette odeur. De yaourt, de karité, de poudre pour bébé. “Allô ?! Sénateur du Miamouillinois ?! Froufroutement, battement de cils. Le clan Clinton à l’appareil ! Vous nous avez mis à genoux, nous avons des bleus partout mais nous vous félicitons quand même parce que nous ne sommes pas mauvais joujoux ! Veillez à ne pas laisser Parkinson, Alzheimer et autres accès de goutte envahir la Maison Blanche ! Notre nation ne doit pas se transformer en maison de vieillesse… Dites, vous pensez que je peux prétendre à la vice-présidence ?” Le Maître sourit. Tamagotchi se serait arrangé pour glisser au moins trois proutiproutous dans la conversation téléphonique. Something in the way she moves… Attracts me like no other lover… Something in the way she woos me… I don’t want to leave her now… You know I believe her now…

Le Maître attrape un pot de colle, une paire de ciseaux et des pinceaux à gouache. Rafistoler les ventricules, remodeler le candide minois, lustrer le pelage puis réinitialiser. L’apparence est arrangeable. Au pire, Tamagotchi sera une belle breloque, à exhiber aux côtés des miniatures d’Elephant Man et des chevaliers du Zodiac. Au mieux, Tamagotchi se remettra à pousser des cocoricos, à cligner malicieusement des yeux et à mastiquer de la guimauve imaginaire. Une seule hantise. Que Tamagotchi ne froufroute plus jamais comme avant.

Les poupées russes se mettent à bruire dangereusement. Le Maître dépose son matériel sur un bureau. Avant de ressusciter le Tamagotchi, il détruira d’abord Barbies, Ferraris miniatures, figurines de Dumbo et canards en plastique. Something in the way she knows, and all I have to do is think of her, something in the things she shows me, don’t want to leave her now, you know I believe her now…

* Se référer au billet suivant : http://inyoureyes1.wordpress.com/2008/04/15/du-triste-destin-des-jouets/

Commentaires»

1. Reda - juin 5, 2008

you’re asking me where my love grows hmmm i don’t know,, iiiii don’t know. Tout ça est brillantissime. Le tamagotchi froufrouteras à jamais, c’est moi qui te le dis; n’en doutes point jamais.