Ολυμπιακή Φλόγα Olympiakè Flóga juin 25, 2008
Posted by inyoureyes1 in Pleurs.Tags: Amour, Deadline, Peine
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Dans son univers, Olympie est un Eden qu’elle n’atteint plus en chevillant sa tête à un oreiller, en se retranchant derrière une colline de papier ou en se cadenassant dans un air écrasant de musique de chambre. Aujourd’hui, pour aller à Olympie, elle glisse huit dirhams dans les mains calleuses d’un chauffeur de taxi.
La première fois qu’Olympie lui est apparue comme une évidence immanente et non pas comme un mirage inatteignable, les Grecs portaient des jeans fanés et faisaient courir leurs doigts lestes sur une console lumineuse. Just another day in the office, dirait un de ses amis. Légèrement titubante, elle a investi un sarcophage pourpre, suivie de son ”invité”. Le rituel s’engagea très laborieusement, du fait d’une timidité qui surgit d’un endroit où elle pensait l’avoir ensevelie à jamais.
Dans le temple, pas un seul filet de lumière naturelle ne vint amadouer ses joues. Le soleil ne se concentra sur aucune vitre. L’air conditionné s’occupait de dompter la chaleur. Pourtant, elle croyait étouffer. Elle s’acquitta péniblement de sa tâche et renvoya son hôte au bout d’une heure. Plus tard, elle réalisa que la fièvre avait naquit durant l’échange. Qu’une sorte de braise s’était soudainement mise à crépiter quelque part dans son thorax. Que, de minuscule étincelle, elle envahissait à présent son être et s’en nourrissait pour se muer en une immense flamme. La Flamme d’Olympie.
Pour la conserver intacte, il lui fallut observer un somptueux cérémonial. Il n’y eut pas un seul procédé qu’elle ne s’appliqua à accomplir avec minutie, au point que dans de nombreuses contrées, tout se passa merveilleusement bien. Mais les choses se gâtèrent. Certains relais, parsemés de violents orages, de furieuses bourrasques, faillirent avoir raison du feu céleste.
La Flamme d’Olympie est à présent au paroxysme de son chatoiement. Cependant, la fin des “Jeux” approche à grands pas. Plus que quelques semaines avant qu’athlètes et supporters ne se délestent de leurs tuniques. Bientôt, les protagonistes d’un manège qui aura duré cinq mois choisiront de prendre le large. La Flamme, elle, grésillera seule, pendant un moment, avant qu’un des relayeurs ne l’étouffe. Et ce ne sera pas un immense drame. La Flamme des Jeux d’hiver ne se conserve jamais pour les Jeux d’été, après tout.
Mea Culpa juin 18, 2008
Posted by inyoureyes1 in Non classé, Pleurs.Tags: Amour, Peine
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“La spontanéité n’est somme toute qu’une totale sincérité, la personne étant tout entière dans son acte sans la moindre réticence. C’est une totale sincérité à laquelle l’adulte civilisé n’est guère poussé que par un désespoir extrême, une souffrance intolérable ou l’imminence de la mort.” *
J’ai six ans. Pendant que mes minuscules camarades se regardent avec admiration, se toisent ou se jaugent sans jamais se mélanger dans une cour de récréation aux allures de cour des miracles, pendant que, dans l’esprit en pâte à modeler de ces miniatures d’êtres humains, les premières affinités se tissent petit à petit et les prémisses de rancoeur s’installent lentement, un décor des plus curieux se met en place dans le jardin ombragé attenant au bureau de la directrice. Je suis assise sur les genoux de “la maîtresse”, me balançant les pieds et scrutant le feuillage ondoyant d’un arbre fou. Je cesse brusquement de me mouvoir et m’adresse en ces termes à la maîtresse qui me berce affectueusement depuis le début de la pause de dix heures : “Maman m’a dit de te dire que tu es conne.” Silence interdit. L’enseignante est pétrifiée. Elle me demande ce qu’elle a bien pu faire pour mériter une telle injure. “Je ne sais pas, maman me l’a dit hier dans la cuisine, pendant que je faisais mes devoirs.”
La veille, ma mère faisait la vaisselle en écoutant distaitement mes annonements – Je m’évertuais à apprendre un poème auquel je ne comprenais fichtrement rien -. Au bout d’un quart d’heure de vaines répétitions, je n’avais toujours pas intégré les deux premières strophes. “Est-ce que la maîtresse t’as expliqué le poème avant d’exiger que tu l’apprennes par coeur ?” Non. “Dis à ta maîtresse qu’elle n’est ni plus ni moins qu’une grosse conne.” Ce que je m’empressai de faire le lendemain, le plus naturellement du monde.
“La spontanéité des petits enfants, incontestablement rebelles à une intégration sociale, est une spontanéité ”embryonnaire”, encore incoordonnée. Il parait alors impensable de socialiser ces enfants en permettant à cette spontanéité de se développer, et l’on cherche à les intégrer socialement en implantant tout un système de résistances et de peurs.” *
Dès qu’elle apprit ma bévue, ma mère m’interdit pendant une semaine d’aider mon père à faire nos schémas pour construire la plus grosse navette spatiale de l’univers, en prenant soin d’envoyer un joli parfum doublé d’un mot d’excuses à mon institutrice estomaquée.
J’y repense aujourd’hui avec ma vieille tête de vingt-trois ans et je ne souris pas. Que de chemin parcouru depuis. Pourtant, cette histoire incongrue, qui date de 1991, ne me paraît pas différer énormément de celles que j’ai vécues il y a un mois, il y a une semaine, il y a une heure. Qu’est-ce qui différencie la petite sotte que j’étais de la grande idiote que je suis devenue ? Rien. Mis à part la taille. La taille de la bêtise.
On ne peut raisonnablement pas dire au vice-patron qu’il singe le patron suprême. On ne peut pas sourire avec indulgence et répondre “Bonjour !” aux simagrées de l’adorable et non moins schizophrène petit gardien de voitures qui se prend pour un agent de la circulation. On ne peut pas tout dire à sa mère sous prétexte qu’elle ne nous veut que du bien. Et on ne peut surtout pas se permettre d’être soi-même avec celui qu’on aime sous prétexte qu’il nous aime aussi.
C’est une terrible équation que celle de ne jamais faire rimer gentillesse avec servilité, de ne jamais donner l’air d’être méchant quand on est simplement outré, de ne jamais laisser transparaître la moindre lassitude, la moindre tristesse quand on n’a qu’une idée en tête, s’isoler pour pleurer ou ruminer. Pour résumer, c’est terrible d’être “entier” quand les Autres exigent que l’on soit “parfait”. Oser d’arrogantes plaisanteries après que l’Autre ait balisé le terrain pour que la conversation prenne cette tournure-là, s’emporter quand quelqu’un s’emporte, répondre du tac au tac parce qu’on est dans l’incapacité chronique de fomenter des répliques plus mûrement réfléchies et par là-même plus cinglantes, être spontané, c’est paradoxalement s’assurer que ses paroles et ses agissements soient systématiquement perçus comme une forme de “calcul”.
Les comportements humains doivent ressembler à une posologie dictée par un médecin. Une posologie infaillible, répondant à des normes, à des édits. Ce serment d’Hippocrate exige non seulement que l’on ne se rende coupable d’aucune “mauvaiseté”, mais que l’on jugule sa spontanéité, son amour, pour qu’ils ne prennent pas l’allure d’un forfait. L’amour se dose. CQFD.
“L’organisme se trouve scindé en un centre de décision, et un centre d’inhibition. Aussi est-il rare de rencontrer une personne dotée d’une spontanéité qui se contrôle elle-même, cette formule nous semblant du reste complètement contradictoire. C’est comme si nous apprenions à nos enfants à marcher en soulevant leurs jambes avec les mains, au lieu de les mouvoir de l’intérieur.” *
Les élans amoureux, bons ou mauvais, se dosent-ils comme une réflexion ? Est-on moins irrascible, moins sujet à bouillonnement, à véhémence lorsqu’on dispose d’une certaine construction intellectuelle voire d’une construction intellectuelle certaine ? Est-on à l’abri d’une perte totale de contrôle, d’un errement fulgurant, quand on passe sa vie à méditer des textes, à trouver l’agencement idéal d’une mélodie ou le parfait modelage d’une sculpture ? Pour tourner ces questions autrement, pourquoi une personne choisit-elle la voie de l’intellect, de l’art, si ce n’est parce qu’elle est mue par une furieuse envie, “furieuse”, de se sonder, d’explorer les non-sens, le galimatias émanant aussi bien de son environnement que des tréfonds de son âme ? Qu’est-ce qu’un intellectuel, si ce n’est quelqu’un qui cherche à canaliser une tendance masochiste à l’introspection ? Qu’est-ce qu’un artiste, si ce n’est une personne qui s’évertue à discipliner une sensibilité qui lui fait parfois faire les choses les plus merveilleuses et qui le conduit souvent aux actes les plus insensés ? Exiger que l’on aime comme “on pense” revient à exiger un amour impétueux. Exiger que l’on aime comme on calcule dans un laboratoire de chimie quantique revient à exiger que l’on se transforme en robot.
“Contrôler, c’est inhiber, et un système entièrement inhibé est bloqué.” *
Extraits d’Amour et Connaissance, d’Alan Watts, philosophe, un des pères de la contre-culture en Amérique, disent-ils.
Torpiller la torpeur juin 12, 2008
Posted by inyoureyes1 in Ricanements.Tags: Amour, Offensive
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Sympathique échange. Où, pour une fois, j’évite de m’envaser dans mon entonnoir fétiche d’adrénaline sentimentale. J’étouffe les onctueuses mélodies d’accompagnement d’un geste fébrile. QuickPlay nasillera plus tard.
“Prostration. Hébétude. Il n’y a pas d’autres mots pour décrire ton actuelle condition. Quand tu ne rêves pas que ton collègue Badr se fait assassiner par ton autre collègue Adam, tu t’alimentes de dissections de rates et d’incitations subliminales à la toxicomanie, à croire que ça t’emballe de voir ton Dr. House chéri s’empiffrer de Vicodine.” Aïe. Je vous fais grâce des didascalies. Contentez-vous de penser à ce que vous éprouveriez si vous deviez négocier un zigzag éclair entre un QuickPlay aux ariettes opiacées et un camouflet verbal des plus magistralement administrés. “En d’autres termes, Grizzlette, quand tu ne dors pas, tu végètes devant la télé.“
Certes. Je m’imagine conduisant le Hummer fushia de Diam’s à vive allure. Tout à coup, je m’ensable dans une entreprise d’auto-réhabilitation aussi vaine que cauchemardesque. Je m’efforce bêtement de prouver que je suis au volant d’une voiture tout ce qu’il y a de plus sobre, de plus écolo, alors que le vernis rose de la tôle et le vrombissement du pot d’échappement jurent sur la tête de leurs lointains parents de Tsahal que je raconte des sornettes.
Autrement dit, je suis volage. Je fais des infidélités à mes amours d’antan. Le constat est aussi gros qu’un bourrelet. Et je ne suis même pas fichue de l’admettre.
“Comprends-moi, Grizzlette, tu ne peux pas juste t’asseoir sur tes acquis à les en aplatir. Ce serait criminel. Je suis sûr que tu aimes écrire. Que ça t’enchanterait d’être éditée. Que tu rêves de CETTE consécration-là. Mais tu es une sacrée flemmarde. Une petite ronfleuse, ronronneuse, froufrouteuse qui rechigne à appuyer sur le champignon.”
Si tu savais… Avant, mon père m’apposait le sobriquet de moissonneuse batteuse lieuse. De celles qui ne se répandent jamais en dorures, en arabesques, en motifs floraux de nappes, en paysages barbouillés de gouache mal mélangée. Tu sais, ces choses que l’on fait faire aux vieilles femmes en marge d’un cours d’alphabétisation. La beauté de l’écrit m’importait beaucoup, mais pas autant que le message planqué derrière. Le Père Goriot ne me fascinait pas parce que ses traits étaient bien décrits, mais parce que son amour trahi, sa douleur et son abnégation étaient magnifiquement racontés. Camus ne campe pas la Peste dans le décor somptueux d’un Palais des Mille et une nuits, bordé de majestueux labyrinthes arborescents. Incisif, il dresse le portrait-robot austère, dépouillé, tragique d’un mal qui a décimé des populations entières. Rien de déclamatoire dans tout ça. Rien de chamarré, de tapageur. Or le tapage qui accompagne mes écrits me surmène.
En parlant de surmenage, où il est le bouton pour réactiver QuickPlay…
Suicide d’un jouet (2) juin 5, 2008
Posted by inyoureyes1 in Cocasseries, Rires.Tags: Amour, Tamagotchi
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Gentle impulsion, shakes me makes me lighter, fearless on my breath… Teardrop on the fire, fearless on my breath…
Le visage du Maître émerge, crayeux, d’un feuillage dense, noir, ébouriffé. Telle une ombre chinoise, la chevelure ondoie suavement sur le front plissé du Seigneur. Elle forme un faisceau de bancs de brume qui lui engloutit les tempes et lui obstrue la vision.
Le vieil appartement décrépi a subi d’extraordinaires modifications. Les étagères tapissent désormais tous les murs. Un nombre incalculable de jouets se dévisagent férocement. Programmées pour parler le matin, les poupées russes se déclenchent par groupes de cinq et répètent à peu près le même baragouin, des hululements de détresse, des sifflotements thoraciques, une bruyante gêne respiratoire. Le Maître les a toutes alignées sur les étagères du salon, en prenant soin de garder la plus minuscule dans le ventre de sa mère. Les joues de ce fœtus en bois de chêne sont anormalement couperosées. Une insidieuse pleurésie lui ronge implacablement les poumons. L’emboitement le tuera à coup sûr. Le deuil collectif dure généralement une heure tous les matins. Dans une semaine, les neurones de ces demoiselles seront suffisamment atteints pour que la famille entière perde complètement les pédales. Le Maître les remplacera alors par un contingent de soldats de plomb souffrant unanimement du syndrome de la guerre du Golfe.
L’insurrection capillaire est à son paroxysme. La méticuleuse administration de trois ou quatre coups de peigne s’impose. Allongeant le bras, le Seigneur ouvre un tiroir et farfouille distraitement, sans adresser le moindre regard à l’armoire à glace, de peur de tressaillir à la vue de son spectre dans le miroir. Ses doigts buttent contre un carré en plastique, puis contre un assortiment de petites choses spongieuses. Le Maître se retourne brusquement. La boite multicolore. Un œil aqueux, des ressorts rouges. Les ventricules du Tamagotchi. Un plumet de cils interminables, ce bec qui se répandait en une délicieuse bouillie de paroles incompréhensibles. Et puis cette odeur. De yaourt, de karité, de poudre pour bébé. “Allô ?! Sénateur du Miamouillinois ?! Froufroutement, battement de cils. Le clan Clinton à l’appareil ! Vous nous avez mis à genoux, nous avons des bleus partout mais nous vous félicitons quand même parce que nous ne sommes pas mauvais joujoux ! Veillez à ne pas laisser Parkinson, Alzheimer et autres accès de goutte envahir la Maison Blanche ! Notre nation ne doit pas se transformer en maison de vieillesse… Dites, vous pensez que je peux prétendre à la vice-présidence ?” Le Maître sourit. Tamagotchi se serait arrangé pour glisser au moins trois proutiproutous dans la conversation téléphonique. Something in the way she moves… Attracts me like no other lover… Something in the way she woos me… I don’t want to leave her now… You know I believe her now…
Le Maître attrape un pot de colle, une paire de ciseaux et des pinceaux à gouache. Rafistoler les ventricules, remodeler le candide minois, lustrer le pelage puis réinitialiser. L’apparence est arrangeable. Au pire, Tamagotchi sera une belle breloque, à exhiber aux côtés des miniatures d’Elephant Man et des chevaliers du Zodiac. Au mieux, Tamagotchi se remettra à pousser des cocoricos, à cligner malicieusement des yeux et à mastiquer de la guimauve imaginaire. Une seule hantise. Que Tamagotchi ne froufroute plus jamais comme avant.
Les poupées russes se mettent à bruire dangereusement. Le Maître dépose son matériel sur un bureau. Avant de ressusciter le Tamagotchi, il détruira d’abord Barbies, Ferraris miniatures, figurines de Dumbo et canards en plastique. Something in the way she knows, and all I have to do is think of her, something in the things she shows me, don’t want to leave her now, you know I believe her now…
* Se référer au billet suivant : http://inyoureyes1.wordpress.com/2008/04/15/du-triste-destin-des-jouets/
Chronique zoologique* mai 29, 2008
Posted by inyoureyes1 in Non classé, Ricanements.Tags: Amour, Aquarium
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Elle laisse choir un regard admiratif sur le plexiglas. Après s’être agglutiné derrière le hublot, le parc zoologique de Témara la dévisage béatement. Nerveuse, elle palpe les murs, comme pour déceler un défaut flagrant d’insonorisation. Dehors, ça piaille, ça chahute, ça n’a jamais été aussi survolté, depuis qu’elle a mis les pieds dans ce machin. Avec ses 177 centimètres et sa tête qui flâne indolemment sur ses épaules, la blonde ressemble à une girafe bariolée de tâches de rousseur. La brune aux cheveux vernis fait office d’hippopotame mouillé dans l’histoire. Elle reluit, son front ruisselle de paillettes de sueur et son sourire est indéfinissable, tant il est chatoyant. La noire secoue ses dread locks et gigote comme un ouistiti. Enfin la grosse patate me rappelle cet oiseau du bassin de Sous Massa… l’ibis chauve, voilà, avec cette petite peau qui lui pendouille sous le bec. Bref, le circus baobab, moins le trapèze, manquerait plus que ça. Elle ose minauder une question rhétorique.
- Pourquoi êtes-vous là, les filles ?
Caquetage intensif. Une silhouette imposante apparaît. Les gloussements cessent comme par magie. Si imbrication et trapèze il y avait eu, le château de cartes sur pattes se serait affalé sur la moquette en moins de trois secondes. Elle imagine la scène et accroche son sourire le plus radieux, comme pour exprimer sa gratitude vis-à-vis de celui qui aurait très bien pu provoquer cet énorme fatras.
Oui, il est beau. Oui. Il est charmant. Charmeur, envoûtant, même. Et alors ?! Hé, toi, la girafe, tu y vois un inconvénient ? Eh ben voilà ! La beauté n’a jamais été un tort, tu l’avoues par toi-même. Nous ne pataugeons plus dans l’ère des amalgames. Le fil de soie qui séparait auparavant charisme et sorcellerie s’est transformé en une énorme corde de matelot.
Oui, il est brillant. Son aisance oratoire n’a d’égale que son érudition. Pourquoi doit-on culpabiliser quand, de ses longues enjambées, on a le bonheur de dépasser aisément ceux qui font de tous petits pas ?! Toi, la noiraude, tu voudrais peut-être qu’il bégaie pour que tu t’en repaisses ? Bah non. Mais oui, je sais, t’es mon amie, voyons. Tu n’as jamais cherché à me nuire. Même par inadvertance.
Oui, il chante. Bien, parfois mieux que l’auteur du titre en question. Il me chante des choses. C’est sa manière à lui de me dire qu’il m’aime. Toi, l’hippopotame, si tu considères que ça sonne faux, eh bien soit ! Ca sonne faux, c’est hypocrite, c’est l’attitude la plus malsaine qui soit, je te le concède. Non ? Tu trouves pas ? Ah ! Tu trouves ça joli ?! En effet, c’est très attendrissant.
Bon maintenant, les filles, vous voulez savoir quand est-ce qu’il va cesser d’être beau, brillant, artiste et tout et tout ? La réponse est évidente. Quand toi, la girafe, tu cesseras de dodeliner de la tête pour te pâmer devant un mec, ce n’est pas comme ça que ça marche. Quand toi, le ouistiti, tu cesseras de te trémousser pour t’attirer les faveurs de quelqu’un, dois-je te rappeler qu’en langage simple, on appelle ça de la vulgarité. Quand toi, l’hippopotame, tu cesseras de scintiller comme un feu de signalisation, pour justement manifester ton existence. On sait que tu existes, tu es énorme, personne ne raterait ton passage à 50 kilomètres à la ronde.
* Tiré de faits réels. Un attroupement de collègues libidineuses en pâmoison devant le Grizzli, venu pour une interview.
Des drames supérieurs mai 29, 2008
Posted by inyoureyes1 in Non classé.Tags: Amour
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I don’t know why nobody told you… How to unfold your love… I don’t know how someone controlled you… They bought and sold you… 2002. Voyez comme tout peut être très désagréablement relatif. J’ai dix-sept ans et je ronchonne chez moi, chaudement enveloppée dans une tragédie shakespearienne mâtinée de mélopées à la Britney Spears. Pendant ce temps, quatre guitares, à l’apogée de leur gloire, rivalisent d’audace au Royal Albert Hall londonien. Celle de Clapton se détache distinctement, s’épanchant d’abord en une cotonneuse cantique, puis en un torrent de complaintes magistrales. L’instrument exhibe un pelage jaune vif tâcheté d’orange et de bleu-vert aux extrémités. L’air de rien, le transi de Leyla frôle, chatouille, étreint d’abord la bête avec une stupéfiante nonchalance. Son visage de chat gris lunetté est impassible. On dirait un docteur ès lettres mention ethnologie ragaillardi par deux ou trois bières, qui, pour égayer son morne quotidien fait de poussière et de grisaille, s’amuse à pousser la chansonnette devant un public indulgent.
Cette impression se dissipe graduellement, à mesure que l’artiste s’imbibe de paroles enchanteresses. I don’t know how you were diverted… You were perverted too… I don’t know how you were inverted… No one alerted you… Traduction : la gente dame s’en va. Ses yeux languissants se détournent doucement d’un regard en décomposition et font frétiller une forêt de cils ébènes dans une direction inconnue. Son cou gracile et duveteux s’élance vers d’autres cieux, plantant le cygne mâle au fond de son marécage. La cascade folle de cheveux se fait tendrement discipliner par d’autres mains et les moues fières, boudeuses ou mutines se dispersent, disparaissent pour rejaillir comme par enchantement et se concentrer sur une autre ligne de mire, au grand dam du mal-aimé.
Voyez comme tout peut être très désagréablement relatif, là aussi. Le pleutre, le bouffon, le sinistre lambda exprimera son désarroi de la manière la plus cocasse qui soit. S’emmitouflera dans un accablement clownesque. Poussera le ridicule jusqu’à se suicider à plusieurs reprises, de différentes manières, essayant même de se ligaturer les veines avec un couteau à beurre et se délectant de sa détresse comme d’un drame racinien. A la différence de l’artiste, le besogneux étalera sa souffrance comme une motte Président sur un énorme pain complet, l’air de dire : “Voyez comme je me meurs. Voyez comme je me désagrège dans les airs, comme je ne suis plus que l’ombre de mon ombre, l’ombre de ma main, l’ombre de mon chien. Vous autres ne savez pas et ne saurez jamais de quoi je parle. Ma peine est si profonde, si viscérale, si “supérieure” à toutes celles que vous ressentez, que je resterai très certainement un éternel incompris, mais ce n’est pas grave, j’en parlerai quand même, jusqu’à en perdre haleine, jusqu’à la nausée.” Le malheur sera ainsi clamé et déclamé indéfiniment par le moribond, et la paupérisation du sentiment ira bon train jusqu’à son avilissement le plus complet, le plus abouti.
Dans le regard de l’artiste, beaucoup, beaucoup d’humilité. Admirez Clapton. A côté, les mimiques de McCartney font presque pitié à voir. I look at you all see the love there that’s sleeping… While my guitar gently weeps… Look at you all… Still my guitar gently weeps… Au lieu de gémir lui-même, l’homme fait pleurer une guitare. La modestie, la discrétion, la réserve de la voix tranchent avec le magnifique, le tonitruant désespoir qui ruisselle de l’instrument. Fascinant.
Moralité, faites-vous aimer d’un artiste. Qui vous pleurera dignement quand vous déciderez de vous en aller. Les Pontifes de la Douleur, eux, vous laisseront toujours sur une très mauvaise impression en disparaissant.