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La Fête du Slip mai 12, 2008

Posted by inyoureyes1 in Pleurs, Ricanements.
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“Aie au moins l’honnêteté intellectuelle de l’admettre ! ” Elle laisse échapper un long soupir excédé. D’habitude, elle lance une bourde, et ne pouvant réprimer un irrésistible élan de persiflage, elle embraie sur un Allegro Fortissimo d’insanités. Une espèce de Brahms de la gaffe, qui ouvre sciemment les veines à un Stradivarius, démolit la dentition d’un Steinway and Sons et fait avaler une couleuvre à la cantatrice avant d’assister, amusé, au massacre en règle d’un opéra légendaire. Là, on patauge en plein dans une nouvelle spirale de week-ends désastreux, et ce n’est même pas de la faute au docteur ès Conneries Célestes. Quel horrible gâchis. Elle a l’impression de passer à côté de son rôle phare de Méduse aux boucles disciplinées. Mais qu’à cela ne tienne. Elle se fait voler la vedette, soit. Voyons à présent comment le héros de la soirée va se rendre digne de sa disgrâce. “Mais admettre quoi, bon sang ?!” Superman s’affale bruyamment sur son siège. Ses traits, d’habitude si doux, si empreints d’indulgence, se compriment en un regard de fou furieux. Un regard qui ne la regarde pas, soit dit en passant. “Tu as fixé l’écran comme je ne t’ai jamais vu le faire auparavant. Tu as patienté pendant que les titres défilaient. Et dès que la fille est apparue, que tu as réalisé que ton ex n’était pas de corvée ce soir au JT, tu as immédiatement détourné le regard, dans une attitude navrée. Ca m’horrifie.” Elle a à peine le temps de balbutier deux onomatopées qu’il entonne : “Je refuse, tu entends, je refuse de sortir avec une fille que le souvenir de son ex hante toujours.”

Dingue. Elle prend soudainement conscience des années lumières de retard que Méduse doit rattraper si elle veut rester dans l’arène avec Apollon. Sur ce coup, il a vraiment fait fort. Ne pouvant décemment se répandre en applaudissements dans ce café bondé du centre de la cosmogonie casablancaise, elle décide de se taire. Oui, se la boucler. Car comment réagir à un truc aussi… énorme, autrement qu’en observant le mutisme le plus admiratif, le plus respectueux ?! Elle se tait donc pendant un long moment. Assez longtemps en tout cas pour revivre les péripéties de la veille, quand elle a dû froidement se coltiner les 500 kilos de viande venus faire du gringue à Apollon, avec la souveraine bénédiction de celui-ci. Une demi-tonne de viande, palpable, concrète, à laquelle elle a même dû se frotter en entrant dans ce Pub malfamé de la corniche, à laquelle elle a dû sourire avec crispation, avec laquelle elle a dû entrechoquer sa canette de Redbull. Prenez la peine de comparer l’embarras provoqué par la très forte présence de cet amoncellement de graisse à la gêne occasionnée par le détournement d’un regard des inepties télévisuelles nationales. Enorme. C’est le cas de le dire. Dans l’espoir qu’Apollon s’extirpe de sa contagieuse torpeur – Un silence de plomb règne sur l’assistance – elle entreprend de gentiment lui effleurer le bras et de lui demander ce que cette mascarade veut dire – Elle n’a bien entendu pas osé employer ce terme – “Non, laisse-moi. Je risque d’être abominable.

L’abomination, elle l’a vécue trois quarts d’heure plus tard, quand, lasse d’écouter une intarissable et soporifique argumentation sur la manière dont Chirac s’est ramassé, sa race, en procédant à la dissolution de l’Assemblée nationale alors qu’il détenait la majorité en 95, elle décide de prendre ses cliques et ses claques et de s’en aller. “Moon, mes clés, s’il te plait. Elles sont dans ta voiture. Je rentre.” Apollon prend son air le plus hirsute, sa voix la plus tonitruante, pour vociférer un “Mais qu’est-ce que tu as ?! Qu’est-ce qui t’arrive ? Qu’est-ce que tu veux ?! Mais c’est la fête du slip, ma parole ! Moon, assieds-toi ! Laisse-la partir.” Moon fait fi des sommations d’Apollon et a l’élégance d’escorter la demoiselle jusque dans la voiture, pour lui remettre le petit lion qui serre un torrent de larmes et les clés entre ses dents. Moon l’accompagne jusqu’au boulevard, hèle un taxi et s’exclame : “Je n’y comprends rien. Rentre chez toi. N’y pense plus. C’est rien.” Le taxi bifurque vers le boulevard d’Anfa et la largue devant le Segafredo. C’est là qu’elle passera désormais le gros de son temps, seule. Ou en tête à tête avec son ordinateur. A sa connaissance, un ordi, aussi chose, aussi objet soit-il, n’est jamais jaloux d’une télé. Un ordi ne parle pas à une fille comme à la dernière des traînées. Je déclare la fête du slip abolie à tout jamais.