avril 13, 2008
Posted by inyoureyes1 in Non classé.Tags: Vous avez dit Retour à la Raison ?!
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“Comment va le James Joyce du 21e siècle ?” Un ballet de doigts fuselés folâtre gracieusement avec un épi doré. La veille, une main soyeuse les avait négligemment effleurés. Depuis, ils sont mus par un désir lancinant de tournoyer à l’infini. S’ils n’étaient solidement vissés au reste de son anatomie, elle les aurait volontiers propulsés à des millions d’années lumières de ce plafond exigu. Les papillons à phalanges virevoltent autour d’un clavier de téléphone portable. Message. “James Joyce… Je ne sais pas, mais moi, globalement, mal.” Stendhal disait que le plus grand bonheur que puisse donner l’amour, c’est le premier serrement de main d’une femme qu’on aime. Grimace perplexe. Comment peut-il aller mal après avoir si doucement, si tendrement câliné mes papillons ? L’exclamation se transforme en une expression de sollicitude très formelle. “Quelque chose ne va pas ?” Le téléphone se répand aussitôt en une cascade de notes cristallines. “Eh bien… C’est-à-dire que je suis toujours au bureau alors que je devrais être en train de dîner avec toi.” Elle ne répond pas. Glisse langoureusement sous ses draps et saupoudre son oreiller de sourires.
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Vingt heures. La caverne d’Ali Baba ouvre une grande bouche béante. Elle s’y engouffre, non sans appréhension. Le café a des allures de magasin de brocante. Des peaux d’ours gisent aux côtés de têtes d’aigles renfrognés. Une myriade de chandelles atténue le sinistre de cette nature morte. Seule faune non empaillée dans ce décor fascinant, un couple d’inséparables qui s’ébouriffent adorablement le plumage. I want you I want you I want you… I think you know by now, I’ll get to you somehow… Il arrive en même temps que s’élèvent les premières notes de la chanson. Drapé de noir. Ses yeux ont quelque chose d’ensorcelant. Sombres, impétueux, un brasier. L’insolence de son regard, le léger dédain de sa physionomie s’adoucissent à mesure qu’un infime sourire se révèle, se meut, puis semble flotter éternellement. Le sourire se met à imprimer des mouvements horizontaux à de minuscules lèvres d’enfant. S’échappent alors des paroles empreintes d’un pragmatisme attendrissant. Les talonnettes de Sarkozy, les juifs, le monde et l’argent d’Attali, l’Albatros de Baudelaire, le Generation X de Bret Easton Ellis, le Hope of deliverance de McCartney, il parle, elle aspire. I need to I need to I need to make you see, how much you mean to me… Elle ne répond pas. Glisse languissamment sur son sofa et regarde, les yeux pleins d’une curieuse gratitude, les inséparables dont le ramage retentit furieusement dans les tréfonds de son âme.
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Je te quitte !” Sourire taquin. “Mon tamagotchi… Quand je t’ai acheté, j’ai lu sur la notice qu’il fallait te nourrir, te distraire, te laver, te maintenir en bonne santé et t’offrir des cadeaux. Mais le créateur a aussi précisé que tu ne savais pas que tu étais un jouet et que par conséquent je devais supporter tes élans d’émancipation.” Moue boudeuse. “Je te dis que je te quitte ! Je suis sérieuse et ça prend effet immédiatement !” Il l’entoure de deux bras robustes et enfouit son nez dans le cou gracile du Tamagotchi. “Oh, mais je suis dévasté… – Voix enjouée – Je ne m’en remettrais pas. Non, s’il te plait… Ne me quitte pas… – Pluie de baisers. Dessine son sourire ravageur et décrète : “Bon maintenant assez plaisanté comme ça, mon jouet, remets-toi au travail. Montre-moi comment tu t’acquittes de ta fonction initiale, câliner. Tu ne voudrais pas que je te restitue au Joué Club !” Eclats de rire. Elle ne répond pas. Dans quelques minutes, il se saisira de sa guitare et détachera des accords envoûtants, des accords qu’elle ne connait que trop bien, depuis qu’il est là. Elle glisse paresseusement sur le canapé. Ses cheveux s’éparpillent sur un cousin pendant qu’elle entonne, dans un chuchotement… I will always be hoping… Hoping… You will always be holding, holding my heart in your hand…”
(To be continued)